Les aromatiques : Aux sources de la parfumerie moderne

dimanche 14 août 2016
par  Lavinia

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Bouquet d’herbes de Provence


Les aromatiques utilisent les plus souvent des plantes avec lesquelles nous sommes familiers : la lavande, le thym, le romarin, la sauge, ainsi que la famille des anisés, comprenant notamment la fleur d’anis, l’absinthe et la réglisse. En un premier temps, elles nous rappellent nos cuisines et nos jardins.

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Anis étoilée


Toutefois, en introduisant les herbes aromatiques dans le monde de l’art, la parfumerie leur fait chanter d’autres mélodies. A ces débuts, la famille des fougères aromatiques s’émancipa à la fois de l’art d’imiter les fleurs et des vieilles recettes d’eau de Cologne, en combinant fleurs, aromates, épices et aldéhydes aromatiques, d’origine chimique, dans d’audacieuses compositions, censées provoquer l’émotion, non pas épater par leur ressemblance à la nature. Au contraire, il s’agissait de la caractériser au sens ancien du terme : la marquer du signe magique de l’art.

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Ceci n’est pas une fougère


Un bon parfum aromatique, qu’il se base ou non sur l’accord fougère, décrit plus loin, se sert de plantes ayant des odeurs distinctives, afin de réinventer la nature. Ainsi une étape décisive fut franchie, en 1881, lorsque Paul Parquet créa Fougère Royale, pour la maison Houbigant, et fonda du même coup cette famille de parfums. En effet, Fougère Royale associait, pour la première fois, la coumarine de synthèse à la lavande, prisée de longue date pour ses vertus désodorisante, antiseptique, tonique, cicatrisante et apaisante. L’innovation historique fut donc l’utilisation d’un produit de synthèse.

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Formule de la coumarine de synthèse


A cela s’ajoute une composition très riche, contenant un cœur floral d’œillets, d’orchidée, d’héliotrope, de rose et de géranium, reposant sur des notes de fond de fève de tonka, de musc, de vanille, de coumarine, ainsi que de mousse de chêne.

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Bouquets d’œillets et de roses


Ce côté très fleuri peut paraître surprenant, mais, au 19ème siècle, les hommes portaient facilement des parfums floraux, sucrés et poudrés. D’ailleurs, si les fougères aromatiques sont devenus la principale figure de style masculine, ils étaient unisexe au début du 20ème siècle, et le restent, encore aujourd’hui, dans certaines parties du monde.

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Fougère royale de Houbigant


Quoi qu’il en soit, le parfum de Paul Parquet rompt nettement avec la discrétion des eaux florales. Impossible donc de l’appeler Lavande. Comme il lui fallait bien un nom, celui de Fougère Royale a été choisi. Peut-être fut-il inspiré par la proximité de la mousse de chêne avec les fougères dans les sous-bois. Quoi qu’il en soit, ce nom est parfaitement trouvé pour marquer les débuts de la parfumerie moderne. Le slogan de Paul Parquet l’exprime parfaitement : « Si Dieu avait donné une odeur aux fougères, elles auraient senti Fougère Royale. »

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Mousse de chêne et fougères

La fougère, en effet, n’a généralement pas d’odeur, et, dans tous les cas, ‘Fougère Royale’ n’en contient aucune trace. Or associer un parfum à une plante qui n’en a guère, permet de se libérer du bon goût, en entrant dans le domaine de l’abstraction. A l’époque, le bon goût excluait le musc, l’ambre et la civette et cantonnait la parfumerie à imiter la plus fidèlement possible l’odeur de fleurs délicates, de préférence la rose, le jasmin et la violette, au motif que les senteurs entêtantes servaient au racolage des courtisanes, seules à se parfumer le corps. Autrement dit, nous entrons dans l’esprit des parfums modernes par le biais d’une abstraction, difficile à condamner au nom de la vulgarité, car on ne tient rien : ni une comparaison évidente avec des odeurs naturelles, ni la connaissance de leur usage immoral.

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La courtisane Cora Pearl


A ces débuts, l’accord principal du fougère comporte trois notes principales : la lavande, utilisée en note de tête, la coumarine et la mousse de chêne, servant de notes de fond, auxquelles viennent s’ajouter des notes d’agrumes, ainsi qu’un bouquet floral, avec beaucoup de géranium, donnant une rondeur verte et rosée, moins poudrée que la rose, plus citronnée, emprunte d’une délicieuse amertume.

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Géranium


Sur la base de cet accord très simple, les fougères ont penché dans deux directions. D’une part, la lavande et la coumarine ont toutes deux une odeur herbacée et verte, qui, renforcée par des herbes de Provence, du citron, de la bergamote, du basilic ou de la menthe, rappelle la senteur du maquis en plein été. D’autre part, la coumarine possède aussi une odeur de vanille et d’amande, qui se marie à merveille avec le benjoin et la cannelle, apportant une rondeur sucrée au parfum. Ainsi il existe des fougères plus ou moins sucrés, selon les fleurs et les fruits qui entrent dans la danse.

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Champ de lavande


La lavande, quant à elle, existe dans de nombreuses variétés et penche elle aussi dans ces deux directions : par exemple, la lavande fine, aussi appelée ’vraie’, est plus florale et sucrée, alors que la lavande aspic a des accents de camphre et une fraîcheur mentholée. De plus, l’huile de lavande contient une forte concentration de linalols, synthétisés par grand nombre d’espèces de plantes, ce qui en fait une sorte de concentré d’herbes et de fleurs différentes, bref nous avons là une odeur universelle de plantes. C’est pourquoi l’huile de lavande se définit plutôt comme un aromate qu’une fleur, même si elle peut aussi donner au parfum une certaine douceur et une fraîcheur verte.

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Variétés de lavande


Par contraste, la mousse de chêne lui confère un accent amer et sec et l’absolu, inventé dans les années 1900, a une odeur plus proche de celle de la lavande en fleur : sucrée et fleurie. Toutefois, nous verrons qu’il existe aussi des fougères fleuris, fruités ou très vanillé, qui s’équilibrent tout autrement. Et aussi des parfums aromatiques, comme Lolita Lempicka, qui, de façon très contemporaine, célèbre la fraîcheur de la réglisse salée et de la jeunesse. A sa façon, Lolita Lempicka réinvente aussi la nature en détournant les parfums gourmands du sucré avec un accord herbacé et anisé qui donne plutôt envie de rêver que de manger.

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Lolita Lempicka de Lolita Lempicka



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