Les cuirs souples : L’extrême raffinement

mercredi 10 août 2016
par  Lavinia

Les parfums de la famille des cuirs peuvent en imiter le côté brut et sec ou bien s’inspirer de la douceur au toucher du cuir pleine fleur, alliant souplesse et résistance en raison de la densité de ses fibres. Dans ce cas, ils se situent dans la tradition des cuirs luxueux. Or les producteurs de cuir ont longtemps eu le souci d’atténuer l’odeur du cuir et des tanins, particulièrement dans le cas des cuirs souples des gants. Dans ce but, ils utilisaient des essences florales, voire même déposaient les cuirs dans un lit de fleurs séchées afin de les parfumer durablement. C’est pourquoi l’industrie du cuir et la parfumerie sont intiment liés : en France, dès la Renaissance, les fabricants de gants, de sacs et de ceintures commencèrent à parfumer leurs produits avec l’arrivée de Catherine de Médicis, qui généra une nouvelle mode, par son usage abondant de parfums.

Lorsque l’industrie du cuir périclita au 18ème siècle, en raison d’une demande moins forte, les gantiers de Grasse, fort de leur expérience, se tournèrent vers la commercialisation de cet aspect de leur activité. La corporation des ’gantier parfumeurs’ étaient déjà reconnue depuis 1614 et les champs de Grasse pleins de fleurs. Il suffisait donc de profiter de leur savoir-faire, alors que la parfumerie connaît un important essor au milieu du siècle.

Dans la lignée de cette tradition, les parfumeurs ont donc pu explorer la juxtaposition de notes de cuir avec des notes florales. Dans les cuirs drus, les notes florales sont étouffées par le goudron de bouleau, voir, anciennement, les copeaux de bois distillés. Leur but est là : imiter des odeurs de tannerie. Les cuirs luxueux, au contraire, prennent appui sur le cuir afin de créer un contraste saisissant. Sa senteur chaude et animale se mêle à celle des fleurs, des agrumes et des épices douces, tout ceci dans l’esprit des maîtres gantiers. Si l’on est encore dans l’art d’imiter, il ne s’agit plus de reproduire l’odeur des bottes russes, mais celle des gants des nobles. Seulement imiter n’a plus beaucoup de sens, car les gants étaient parfumés de façon très diverse. Il s’agit donc de composer un parfum autour d’un accord cuir, voire de le recréer avec d’autres matériaux comme des fleurs.

C’est ce que fit Ernest Daltroff en 1919 avec Tabac Blond, en mettant l’accent sur la vanille et la coumarine, soulignées par quelques fleurs, et Ernest Beaux, le nez russe de Chanel, qui bâtit son cuir de Russie autour de notes aldéhydées et fleuries comme son n°5. Il faut dire que la culture russe était très à la mode après la Première Guerre Mondiale à Paris, en raison de l’afflux d’immigrés, fuyant la Révolution de 1917, et de la longue popularité des Ballets Russes, créés en 1909 par Serge Diaghilev. Ceux-ci donnèrent leur premier spectacle en France en 1912 et y exercèrent une grande fascination jusque dans les années 50.



Costume du Starevitch dans L’oiseau de feu (1913)

Ce style de parfum rappelle les cuirs les plus précieux obtenus avec le côté fleur de la peau ou la partie supérieure de l’épiderme.



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