Les fleurs bleues : la violette et l’iris

dimanche 19 mars 2017
par  Lavinia

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Violette


L’odeur de la violette, très populaire au 19ème siècle, était obtenue par l’enfleurage à chaud ou la macération dans de grandes marmites. Elle consistait à faire infuser des fleurs dans de la graisse, chauffée au bain-marie, et à remuer ce mélange pendant plusieurs heures. Le lendemain, il fallait retirer les fleurs, déjà vidées de leur substance, avec une passoire afin de les remplacer par des fleurs fraîches. On répétait au moins 10 fois l’opération.



Enfleurage à chaud : les marmites et les ’remueuses’


Lorsque la graisse saturée ne pouvait plus absorber le parfum des fleurs, on filtrait pour séparer la graisse des fleurs et la recueillir avec une spatule. Il s’agissait alors de faire fondre cette pommade doucement ; puis de la laver mécaniquement dans des batteuses avec de l’alcool afin de dissoudre les molécules odorantes. Le mélange était ensuite refroidi afin de pouvoir ôter la graisse appauvrie en essence par filtration et produire un extrait alcoolique parfumé. Après avoir éliminé l’alcool par distillation sous vide, en général à froid, on obtient ce que l’on appelle l’absolue.



Traitement des graisses identiques dans les enfleurages à chaud et à froid


Cette technique onéreuse, nécessitant beaucoup de main d’œuvre, a rapidement disparu depuis la découverte de la famille des ionones, bien qu’on puisse penser que certaines composition, comme Après l’Ondée, en ont fait usage tardivement. En effet, l’ionone de synthèse fut obtenue pour la première fois en 1893 par Wilhelm Haarmann et puis par Georg Merling en 1909. Elle connût un grand succès, parce que l’α-ionone possède une douce odeur de violette.



De fait, cette molécule est le composant parfumé naturel de l’essence de violette, mais sa fabrication synthétique plus commode pour les raisons déjà cités. La β-ionone, aussi utilisée dans les fragrances avec des notes violette, a une odeur fruitée verte et boisée de cèdre et de framboise. Plus généralement, les ionones et les méthylionones, avec leur odeur très douce, poudrée, florale, sucrée et chaude, sont utilisées à forte dose dans les compositions florales tournant autour de la note de violette tels Paris d’Yves Saint-Laurent, Insolence de Guerlain ou Flower de Kenzo.



Violette


Seulement se pose maintenant la question du goût : l’odeur du bonbon a la violette doit être équilibrée sauf si on souhaite sentir une odeur sucrée et vieillotte. Dans ce but, on extrait les feuilles de violette, souvent employée dans les compositions masculines ou unisexe, car cette absolue a une note très verte, qui rappelle, néanmoins, la fleur.



Violette


Mais il y a plus. Les ionones et les irones avec leur odeur d’iris sont des molécules très proches malgré leurs différences olfactives. Nous avons vu que l’α-ionone dégage une odeur de violette boisée. Or l’α-irone, quant à elle, sent l’iris. L’α-méthylionone simule même son côté doux et poudré. En fait, en changeant de place la double liaison présente dans la partie inférieure de la molécule, on peut créer de nouvelles molécules : l’α-ionone, la β-ionone et toutes les irones et méthylionones analogues.



Ionones et irones


D’un point de vue chimique, les fleurs violette et bleues sont donc apparentées et les ionones, les méthylionones et les irones se combinent à merveille en parfumerie. L’Iris Gris de Jacques Fath en est un bel exemple : avec son overdose d’irones, il a une odeur de violette exacerbée par des ionones et des relents métalliques atténués par les accents fruités de la de la pêche.



Iris pallida


Au niveau symbolique, les violettes et les iris partagent la couleur violet profond. Mais elles peuvent aussi tirer vers le rose (la joie, le bonheur, la tendresse) ou le bleu (la pureté et l’inaccessibilité). On leur prêtaient autrefois aux fleurs bleues une signification magique, notamment chez les Égyptiens pour qui elle représentaient l’immortalité. La couleur violette, quant à elle, expriment la délicatesse et la profondeur des sentiments. La fleur de violette, en particulier, symbolise l’humilité, la discrétion et la tendresse. On envoie un bouquet de violettes à la personne aimée pour lui rappeler que l’on pense à elle et que l’on aime en toute discrétion.



Violette double de Toulouse



Iris bleu


On voit donc que c’est surtout la couleur des fleurs qui importe. Dans la mythologie grecque, Iris est la messagère des dieux, notamment d’Héra, à qui elle apportait de bonnes nouvelles. Les iris bleus ont ce même sens : la bonne nouvelle ; tandis que les iris violets donnent un tour plus romantique au message. En général, les fleurs violettes insistent sur la délicatesse et la fraîcheur de sentiments. Les fleurs bleues évoquent la pureté du ciel et, par analogie, font donc référence à un amour sincère, dévoué et fidèle. Certains parfums se sont servi de ce langage. Ausssi Aimez-moi de Caron, un parfum discret, contient-il beaucoup de violette, sans oublier le Dix de Balenciaga souvent assimilé à un N°5 à la violette.


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Iris peinte par Diosphos (vers 500-490 av. J.-C)


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