Diamond Water de JAR Parfums : Fleurs blanches fumées

lundi 4 juin 2018
par  Lavinia

Diamond Water (photographie tirée de mon compte Instagram)


Les parfums JAR tiennent leur nom de Joseph Arthur Rosenthal, bijoutier de luxe, qui fonda une niche en 2001, parce qu’il trouvait sa clientèle mal parfumée. Animé par la passion, il ne cherche guère à faire des bénéfices, ce qui le distingue nettement du reste de l’industrie, y inclus de beaucoup de la plupart des parfumeries de niche. La porte de sa petite boutique discrète, rue Castiglioni, reste fermée ; il faut passer un coup de fil pour entrer.



Boutique de Parfums Jar (pagesjaunes)


Il faut dire que Rosenthal possède déjà une immense fortune et se paie le luxe de créer exactement ce qui lui plaît, que ce soit dans le domaine de la bijouterie ou celui, annexe, du parfum. Assisté par Jean Guichard pour la composition de la formule, Rosenthal commença par se procurer les meilleures matières premières chez Mane, maintenant racheté par Givaudan, ce qui finit par créer des problèmes d’approvisionnement, Givaudan tenant à faire respecter les normes IFRA dont se moque JAR depuis ses débuts.



Intérieur de la boutique cachée (photo sur mon compte Instagram)


La philosophie artistique de Rosenthal passe toujours avant toute autre considération. Par exemple, Rosenthal considère que la création d’un bijou implique la façon dont il est porté et se réserve donc le droit de refuser une vente si la cliente ne parachève pas son œuvre de façon satisfaisante. Pour ses parfums, il a inventé un rituel particulier : sous une cloche, de la peau de chamois, imbibée de jus, libère leur senteur et la chaland est invité à sentir le couvercle.



Visite chez Jar : les cloches (photo sur mon compte Instagram)


Il peut aussi le tester sur sa peau, mais, en aucun cas, les notes ne lui seront décrites, afin de ne pas perturber sa réaction esthétique par l’analyse – en contradiction avec ce que je me propose d’entreprendre. Toutefois, en décrivant Diamond Water, je serais entièrement livrée à mes propres impressions, ce qui reste façon, à mon sens, de faire exister l’œuvre en tant que telle : des émotions olfactives plutôt que des connaissances.



Visite chez Jar : j’ouvre la cloche (photo sur mon compte Instagram)


La première note de Diamond Water me frappe comme étant une fleur d’oranger ou un néroli délicieusement profond, amandée et sucré, qui se fond dans quelque chose de vert avec des notes florales.



Fleurs d’oranger (jornalggn.com.br.)


Il peut s’agir d’une association entre de la fleur d’oranger, de l’amande, de la coumarine ou de l’héliotrope, avec du gardénia ou un jasmin Sambac d’Inde, plus anthranylique, c’est-à-dire plus proche de la fleur d’oranger que le jasmin grandiflorum.



Jasmin Sambac d’Inde (amazone.com)



Héliotrope blanc (theequinest.com)


Des notes fruitées, voire miellées, me font pencher pour cette hypothèse, bien que Rosenthal ait très bien pu mélanger les deux sortes de jasmin, le grandiflorum expliquant alors les notes vertes bien marquées.



Jasmin grandiflorum (essentialoils.com)


Cette première étape que je qualifierais de douce et crémeuse se prolonge, à mon avis, due à de l’absolue d’œillet. En effet, juxtaposé avec la fleur d’oranger, cette absolue exacerbe son côté miellé.



Fleurs d’oranger (lgbotanicals)


Herbacée, poudrée et florale, l’absolue d’œillet renforce aussi le côté frais et vert du jasmin grandiflorum et la note fruitée du jasmin Sambac. Diamond Water étant aussi légèrement épicé et très vif, la présence de cette absolue expliquerait encore beaucoup de choses. Toutefois, la concrète d’œillet, plus discrète, jouerait aussi à merveille ce rôle : mettre en valeur un bouquet de fleurs blanches.



Œillet (plante.shopping.fr)


Car l’important est là : la fleur d’oranger, bien que je penche plutôt pour du néroli, et le jasmin, puis, en notes de cœur, de la tubéreuse et peut-être du gardénia, voire du champaca. Là aussi il semble que ce soit l’absolue de tubéreuse à l’honneur.



Tubéreuse parfumée photographie c_2015 par Jeannette Allary (artmajeur.com)


En effet, orangée, fruitée, lactonique et miellé, la tubéreuse ne domine pas le bouquet avec son caractère habituel très indolé. Elle s’associe, au contraire, avec la facette poudrée de l’absolue d’œillet, le côté doux de la fleur d’oranger, fruité du jasmin et crémeux du gardénia.



Gardénia (wierook.nl)


Comme le champaca partage aussi ces notes orangées et miellées, il est difficile de distinguer clairement sa présence. Proche du jasmin et très fleuri, l’absolue évolue vers un œillet délicat et un fond amandé.



Michelia champaca (lapazgroup.net)


Je ne suis pas plus sûre pour le gardénia : sa note de champignon pourrait aussi provenir d’un oud de bonne qualité, réserve lui aussi, comme la belle tubéreuse qui nous parvient au travers des autres fleurs blanches, ainsi que de notes d’encens et de santal. Je penche, toutefois, pour le gardénia, bien que cela n’exclut pas une note d’oud douce, parce que le mélange tubéreuse/gardénia expliquerait l’accent mis sur la facette onctueuse des fleurs blanches.



Gardénia


D’ailleurs la dernière étape du parfum révèle, lui aussi, un beau santal crémeux et se termine sur des accents fumés dont la présence s’était déjà fait sentir, diffusée autour du bouquet de fleurs. Cette note pourrait aussi provenir du sillage d’un oud fumé et aussi d’un benjoin vanillé. Diamond Water, en effet, s’appréhende surtout comme un parfum floral sur une base boisée, résineuse et chaude. Extrêmement élégant, il a souvent été reçu comme la création la plus classique de la maison.



Bois de santal de Mysore (lgbotanicals.com)


Toutefois, sa composition ne me semble pas entièrement traditionnelle. De structure cubique, sa pyramide olfactive présente six faces  : l’anthranyle (le côté orangé), l’indole (le côté jasminé), l’eugénol (le côté épicé), la fructose (le côté fruité), le salyclate de methyl (le côté vert) et la lactone (le côté crémeux et coumariné qui donne une si forte impression gourmande en ouverture).



Poudre d’amandes (mynutrition.com)


A chaque étape du développement, elles se rencontrent toutes, d’où l’impression de passer d’une étape à l’autre sans heurt. De plus, à la verticale, il y a un jeu de transparences au travers duquel les notes d’arrière-plan se reflètent dans les notes d’avant-plan.



Benjoin (theorganicwitch.com)


Aussi le néroli fait briller une tubéreuse couverte de bois de santal fumé ; l’héliotropine un œillet poudré et des notes crémeuses dont le gardénia et, au loin, je suppose, un benjoin vanillé ; enfin les jasmins rejoignent un champaca caramélisé, un gardénia vert et un oud proche du santal.



Oud (plantationsinternationalcom)


Toutes ces notes, qui s’associent parfaitement, font de Diamond Water un chef d’œuvre très particulier : un bouquet de fleurs blanches arrangé comme cette eau, avec ses cristaux cubiques, connue sous le nom de ‘ice seven’, solidifiée à très base température de façon à atteindre une épaisseur 1,5 fois plus élevée que celle de la glace ordinaire.



De l’eau capturée dans un diamant (beyondrealitynews.com)


Identifiée en 2018 comme une inclusion dans des diamants naturels se formant à plus de 600 km sous Terre, cette forme d’eau serait aussi présente sur les lunes de glace gravitant autour de Jupiter et de Saturne.



Ice seven (pixabay)


Cristalline mais épaisse plutôt que translucide, Diamond Water se porte sur Terre, de préférence, au printemps ou en été, par temps plutôt chaud, lorsque vous souhaitez sentir extrêmement bon, sobrement comme un diamant monté simplement, mais de façon durable.



Diamant carré (spinellikilcollin.com)


Notes de tête :

Néroli ou Fleur d’oranger, Amande (Héliotropine ou Coumarine) et Jasmin


Notes de cœur :

Tubéreuse, Gardénia, Œillet et Champaca


Notes de fond :

Santal, Oud et Encens (Benjoin)