lesplusbeauxparfums

lesplusbeauxparfums : mode d’emploi




  • « Parfums par ordre alphabétique », la première rubrique à gauche, donne le lien direct aux articles sur les parfums.
  • La boîte de recherche en haut à droite permet de retrouver tous les parfums d’une marque ou d’un nez.
  • Cliquez sur une catégorie ou une sous-catégorie pour lire un article explicatif sur son contenu.
  • Le menu des articles classés dans ces familles se trouve à droite.
  • Les parfums de référence sont ceux qui ont marqué l’histoire.
  • Enfin, dans la section « Parfums : philosophie et histoire », je vous présente la démarche de mon site ainsi que des articles plus théoriques.




    lesplusbeauxparfums : mode de réflexion




    Partager les plus beaux parfums de ma collection privée : voilà le but de ce blog. Mais je rencontre un obstacle redoutable : comment décrire ma perception d’une odeur inventée ? Traditionnellement, les parfums se classent dans des familles suivant des accords connus, autrement dit des juxtapositions d’ingrédients, censés leur impartir un caractère olfactif particulier.


    PNG - 121.6 ko

    Classification traditionnelle (fea-sas.com)


    Cependant, comme dans tous les domaines artistiques et littéraires, certaines œuvres sont mal classées et nombre de catégories confuses. Dans le cas des parfums, il me semble surtout qu’elles sont trop larges, ce qui présente deux inconvénients : trop de sous-familles se révèlent nécessaires sans que cela n’empêche des parfums entièrement dissemblables de se retrouver ensemble. Alors, face à ce nœud de problèmes, ne serait-ce préférable d’abandonner toute tentative de classification ? Ne suffit-il, après tout, de renifler un parfum, comme une rose, afin de savoir s’il sent bon ?


    JPEG - 7.9 ko

    Cette idée répandue se heurte à une objection évidente : comme les autres sens, l’odorat demande à être cultivé. Or les classements, tout en demeurant critiquables, nous éduquent. Qui nierait l’utilité d’apprendre les couleurs même si les divisions entre elles – le spectre de l’arc-en-ciel est continu – se révèlent culturelles et changeantes ? Il en va de même pour les parfums : un floral se compare à un autre floral, non à un cuiré ou à un hespéridé, encore faut-il les reconnaître.



    JPEG - 5.9 ko

    Incomparables car trop différents


    La tapisserie de la Dame à la Licorne, dédiée au thème de l’odorat, illustre cette idée d’une faculté acquise, assimilée à une vertu courtoise menant au ravissement de l’âme. La Dame exerce la vertu olfactive en tressant une couronne de roses rouges et de roses blanches à cinq pétales. L’odorat n’est pas représenté comme une faculté passive, mais donne lieu à une création et favorise la contemplation. Peut-être n’a-t-il donc pas toujours été le sens le moins considéré ?



    JPEG - 11.7 ko

    La tapisserie de la Dame à la Licorne (détail), l’odorat, (entre 1484-1500)



    Quoi qu’il en soit, puisqu’un parfum, composé par un nez et fabriqué dans un laboratoire ou une usine, ne s’assimile pas à une odeur naturelle, il relève donc de la culture, non de la nature. Ainsi un parfum à la rose contient de l’essence de rose, de l’absolu de rose ou des molécules odorantes de rose, mais rien de tout cela ne sent exactement l’odeur d’une rose fraîchement cueillie ou celle de l’air environnant le rosier.


    JPEG - 6.9 ko

    Magritte, Ceci n’est pas une pomme


    Contrairement aux odeurs naturelles, le parfum s’évalue donc par rapport à des artifices du même genre, aussi bien qu’à l’objet de son étude. Mais ce dernier n’existe pas forcément dans la nature, loin s’en faut. Les parfumeurs s’inspirent de lieux, de moments, de rencontres et d’émotions aussi bien que de senteurs. C’est pourquoi je n’ai pas adopté un classement par famille d’odeurs, mais par thème sur le modèle de l’art, bien celui-ci se résume souvent à un accord ou à une famille olfactive.


    JPEG - 52.8 ko

    En effet, le thème d’un parfumeur peut être de travailler un matériau. Par un exemple, un cuiré est un exercice de style avec une senteur facilement identifiable, non un parfum narratif, qui peut varier du tout au tout selon ce qu’il décrit. L’important reste que c’est la source d’inspiration qui compte, même si celle-ci n’est toujours facile à cerner. Inévitablement, certains parfums, riches de plusieurs thèmes, pourraient se classer dans différentes familles, quel que soit le système retenu. Mais cela ne pose pas de problème. C’est la place de la subjectivité dans toute démarche critique.



    PNG - 11.7 ko

    Le classement de Michael Edwards : la roue


    lesplusbeauxparfums : mode de classement




    Voici la liste et la définition des douze catégories qui me permettent de mieux comprendre les parfums :

1) Les aromatiques associent des plantes ou des substances d’origine végétale, particulièrement odoriférantes, avec des produits de synthèse, afin de réinventer la campagne ou les odeurs herbacées des cuisines, ainsi que de certains produits médicaux et hygiéniques. Dans ce cadre, la lavande est considérée comme un aromate. Les meilleurs de ces parfums tendent vers l’expressionnisme, dans l’acception large du terme, désignant des œuvres d’art dont la vision déformée de la réalité traduit une émotion forte.


JPEG - 7.9 ko

2) Les portraits de fleurs veulent imiter l’odeur d’une fleur. Dans cette perspective, il existe des soliflores qui cherchent à recomposer son odeur à l’aide d’essences et d’absolus, issus de la fleur, de sa tige ou de ses feuilles, aidés ou non par des molécules, extraites ou fabriquées synthétiquement, mais identiques, ou presque, à celles naturellement présentes dans la plante. Il s’agit donc d’imiter artificiellement dans le but de produire une ressemblance exacte ou sublimée. Seulement, les parfumeurs ne se cantonnent pas à utiliser les molécules odoriférantes de la fleur afin de brosser son portrait. C’est pourquoi j’emploie ce concept plutôt que celui de soliflore plus technique et restreint.


JPEG - 29.3 ko

Rose sur mon compte Instagram


3) Les bouquets fleuris sont composés principalement avec des notes florales d’origine naturelle ou synthétique. Dans les œuvres figuratives, les fleurs doivent être reconnaissables, alors que les parfums abstraits, en quête d’une senteur parfaitement artificielle, effacent toute référence à des fleurs réelles. Ainsi les figuratifs visent la ressemblance et les abstraits, au contraire, ne renvoient qu’à leur propre composition.


JPEG - 20.3 ko

Matisse, La gerbe, maquette pour une céramique (1953)


4) Les poudrés Les poudrés évoquent de façon réaliste des produits artificiels : les cosmétiques. Ils font penser à l’érotisme qui l’accompagne : l’intimité de la toilette suggérée par l’odeur des produits de beauté.



JPEG - 4.6 ko

Rouge à lèvre Chanel


5) Les narratifs racontent une histoire en décrivant un lieu, une atmosphère ou un événement magiques. Ils ne sont donc pas abstraits dans la mesure où leur beauté renvoie au-delà d’elle-même à la réalité qui l’a inspiréa. Par exemple l’exagération d’un trait caractéristique donne de la force au récit en frappant l’odorat par une certaine ressemblance.


JPEG - 5 ko

6) Les frais , cela va de soi, ont pour objet la sensation de fraîcheur, mais non toujours uniquement. Cela donne des parfums aériens et légers, souvent des eaux, qui se prêtent à une esthétique dépouillée, généralement peu émotive, visant à une certaine pureté, voire même au minimalisme. Mais des notes animales ou de moisissures végétales se mêlent parfois à l’ensemble...


JPEG - 11.8 ko


7) Les doux-amers jouent le contraste entre des notes sombres et vives, ce qui consiste à créer une tension pour la résoudre par la suite. Traditionnellement, cet exercice de style prenait la forme du chypré, mais certaines notes de fruits amers, combinés avec des fleurs ou des aromates, permettent de travailler cette même opposition.


JPEG - 6.8 ko

Cézanne, L’homme au gilet rouge


8) Les boisés imitent l’odeur puissante et tenace du bois avec des copeaux, mais aussi des racines et des feuilles. Il y a là une évocation des forces de la nature et de son mystère. Les bois ont des senteurs tellement diverses qu’ils se prêtent à un traitement esthétique varié, allant du minimalisme au baroque. Toutefois, lesdits parfums tournent volontiers autour de deux thèmes : les portraits aromatiques de la virilité et des boisés fleuris ou fruités évoquant de la féminité. Enfin, ils s’inspirent des parfums de l’Orient et rejoignent ainsi ceux que j’appelle les épicés-fleuris orientaux.


JPEG - 7.6 ko

9) Les envoûtants invoquent nos fantasmes de senteurs magiques venues d’Orient et des cultures antiques : épices, résines, fleurs et bois de provenances lointaines sont mis au service de l’orientalisme, un vague courant artistique, apposant une forme occidentale à des thèmes arabe, indien ou chinois, voire grec ou russe, dans des styles très divers. Ces mots écrits par Brasillac, à propos de Corneille, conviennent parfaitement à leur esthétique : "L’espace est franchi qui sépare la fantaisie à laquelle on ne croit pas à la poésie qui envoûte."


JPEG - 8.4 ko

10) Les animaliers ont pour priorité de transmettre une vibration animale en écho à notre animalité. Leur esthétique est problématique parce qu’elle risque de produire le dégoût et donc de tomber en dehors du domaine de l’art. Les parfums, dont l’intérêt réside dans l’utilisation de substances d’origine animale, voire leurs substituts chimiques, relèvent d’un art de l’extrême et de la transgression flirtant avec l’interdit : dépasser la frontière entre l’homme et l’animal.


JPEG - 9.6 ko

Böckling, Faune


11) Les cuirs poussent l’élégance jusqu’au bout de son caractère artificiel. Alors que les parfums abstraits brouillent tout rappel possible de la nature, les cuirs imitent des artifices de façon ressemblante : d’abord les bottes des danseurs russes, puis les intérieurs des voitures et des avions. Les matériaux comptent des produits d’origine naturelle, principalement le goudron de bouleau, ou des produits chimique, les isoquinolines et d’autres quinolines.


JPEG - 5.5 ko

Cuirs de maroquinerie (les rhabilleurs.com)


12) Les parfums pop ont une parenté avec la musique populaire. Ils doivent être agréables et accessibles. Ils ont une esthétique facile, mais non du tout sans intérêt.


PNG - 5.3 ko

En vous souhaitant bonne navigation,



Lavinia